On parle beaucoup de mourir dans la dignité mais ne serait-il pas plus important d’abord, de vivre dans la dignité…
Il n’y a pas assez de services et de supports pour les gens qui souffrent. Pour les problèmes physiques nous sommes pris en charge rapidement, je le concède, mais pour les problèmes de santé mentale et les soins pour nos aînés, nous faisons pitié.
Vieillir fait de plus en plus peur. Qu’adviendra-t-il de nous? Qui se battra pour nous? Qui ira au front…car pour faire bouger les choses il faut toujours mettre de la pression, se montrer à boutte. Les trop gentils demeurent en arrière de la file. Pour qu’un dossier avance, faut chialer!
Moi, je sais déjà que je ne veux pas que mes enfants changent mes couches. J’ai changé les leurs mais j’ai trop d’orgueil pour qu’ils me voient ainsi diminuée, fragilisée et vulnérable. Vous me direz peut-être que rendue là je n’en aurais plus conscience…je l’ai vécu avec mes deux parents. Ma mère avait toute sa tête, toute sa conscience, c’est son corps qui la lâchait. Mon père, lui, malgré de profonds problèmes cognitifs, je vois la révolte et l’humiliation dans ses yeux. Si ça me fait si mal, c’est parce que je connais trop bien l’homme qu’il était avant.
Il y a une façon d’aborder les gens atteint d’Alzheimer. Avec douceur, patience et psychologie. Ce n’est pas donné à tous d’avoir ce qu’il faut d’empathie et de tact. La personnalité d’avant de la personne atteinte est trop souvent reléguée au second plan, remisée dans des albums de photos souvenirs. On ne tient plus compte de ses goûts, de ses préférences, des finesses de son esprit. On les traite bien trop souvent comme des enfants.
Il y a des gens humains et dévoués qu’on aimerait cloner tellement ils sont utiles et consciencieux. Jessica, la coordonatrice des soins sur l’étage de mon père en est l’une d’elle. Douce, à l’écoute, bienveillante, tellement travaillante qu’elle fait bien au-delà de ce que sa définition de tâches exige. Elle a l’tour comme on dit.
Y aura-t-il des Jessica pour nous?