Nouvelle adresse

Allo papa! Est-ce que j’ai bien pris en note ta nouvelle adresse? Je ne sais pas si tu recevras cette lettre là où tu es…

Ce sera mon anniversaire dans quelques jours et tu me manques. Même si ça fait déjà quelques tours du soleil que tu n’en n’avais plus connaissance. Je repense à tous les anniversaires de mon enfance où tu étais bien présent, de corps et d’esprit. Tu étais formidable avec cette façon de faire pénétrer ton regard turquoise comme la mer dans le mien qui tournait plus sur le jaune-vert des fougères en tapis de sol dans la forêt. Toi l’eau, moi, la terre.

Ton esprit artistique et poétique me fascinait. Ta manière de t’exprimer. Ta compréhension des choses avec ta touche bien personnelle. Tu voyais la vie différemment, probablement à cause de ta sensibilité et il faut l’avouer, ta grande naïveté. Tu étais un idéaliste.

Avec toi, tout le monde était bon, tout le monde était gentil. Ça t’a joué des tours quelques fois. Mais tu n’étais pas rancunier, pas amère du tout. Tu retroussais tes manches et tu remettais les mains à la pâte. Tu as travaillé, hé que tu as travaillé!

Tu faisais facilement des siestes. C’est fou comme tu t’endormais rapidement, couché à même le sol, sur la carpette du salon. En trois secondes tu ronflais.

Sinon, quand tu étais debout sur tes deux pattes, tu ne t’arrêtais pas. Tu t’activais à différentes tâches, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Toujours un projet en branle.

Tu pouvais parler autant de politique que de sports, tu t’intéressais à l’actualité mais surtout à l’intériorité des êtres humains. Comment un tel se sent dans telle situation? Comment une telle fait pour gérer la pression? Tu te posais toutes ces questions avec un réel intérêt. Peu d’hommes avaient ces interrogations. J’admirais ça chez toi. Tu étais un modèle d’homme sensible et attentionné et j’avais la chance que tu sois mon père.

Tu étais droit comme un chêne, fort comme le vent du nord. Au propre comme au figuré. Je ne t’ai pas souvent vu plier l’échine ou mettre un genou par terre. Tu étais généreux de ta personne, de ton temps et si aimant. Tu aurais pu enseigner tout ça à certains hommes individualistes, égoïstes et narcissiques qui ont peu de respect pour les femmes. Toi, tu avais un grand respect pour la gente féminine. Peut-être du fait que tu avais grandi avec neuf sœurs et eu trois filles.

Tu rêvais grand et même si ces rêves ne se réalisaient pas toujours ( même rarement) ils t’aidaient à vivre, à traverser les épreuves comme un filtre qu’on appose sur une image abîmée dont les couleurs se sont atténuées et affadies. Tu avais cette façon naturelle et remplie d’optimisme d’affronter les aléas de la vie. Maman et toi, vous faisiez une belle paire!

J’espère que tu l’as rejointe et qu’à votre nouvelle adresse, au 92 rue du 13e ciel, vous avez une belle vue, une bonne perspective sur votre progéniture qui vous permet de veiller sur nous tous.

Publié par Nancie Cousineau

Je suis une coiffeuse et une blogueuse. J'aime écrire des billets d'inspiration selon mes humeurs

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