Le jour où le confinement prendra fin, quelle est la première chose que je ferai? Je me suis fait poser cette question début avril. J’y ai répondu comme suit…
Le retour à la vie normale se fera probablement de façon graduelle mais lorsqu’il sera possible de retourner voir mon père, âgé de 88 ans, j’ai bien hâte de l’amener prendre une marche! Mon père est en grande forme physique, il ne prend aucun médicament, assez surprenant pour son âge. Mais il souffre d’une maladie cognitive, l’Alzheimer. Il me reconnait encore mais il ne comprend pas ce qui se passe en ce moment. La pandémie, c’est du « chinois » pour lui.
Le fait d’être isolé, de ne plus voir physiquement les membres de sa famille, d’être privé des activités habituelles à la résidence de personnes âgées où il habite, tout ça le fait régresser et le rend encore plus confus. Mon père a encore beaucoup de joie de vivre et ça ne prend pas grand chose pour le rendre heureux. Malheureusement ces choses toutes simples, c’était de recevoir la visite de ses filles et aller marcher dehors. Mais depuis plusieurs semaines, cela n’est plus possible.
En janvier il y a eu une quarantaine à la résidence à cause de cas d’Influenza. Puis en février, il y a eu des cas de gastro, encore une quarantaine qui a duré 3 semaines. Ensuite cette épidémie de Coronavirus qui s’est rapidement avérée être une pandémie mondiale qui a changé la vie de nos ainés. Des règles strictes sont nécessaires pour empêcher la propagation du virus chez des personnes déjà très vulnérables.
Il est tellement difficile de faire comprendre à mon père pourquoi de telles mesures sont nécessaires. Ça me brise le coeur de l’entendre me dire qu’il aimerait beaucoup me voir, avec de l’émotion plein la voix. Comme un enfant qui quémande une faveur. En temps normal, ses demandes sont si peu exigeantes et faciles à exhausser. Il a même demandé à ma soeur s’il allait vraiment finir ses jours à cet endroit. Il ne comprend pas tout mais il est quand même conscient d’être confiné sur un étage, donc en quelque sorte « emprisonné ».
J’espère que mon père tiendra le coup. Qu’il saura garder le moral jusqu’à ce jour béni des Dieux où il pourra enfin sortir, sentir les chauds rayons du soleil réchauffer sa peau, apprécier le vent dans sa chevelure ( oups il n’a plus de cheveux sur le coco!), savourer la liberté de prendre l’air et de déambuler sur les trottoirs de son quartier. Ce jour-là, je serai à ses côtés et je pourrai immortaliser ce moment sur vidéo avec mon cellulaire.
L’important pour le moment c’est que mon père soit en santé et en sécurité!
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Fin mai, nous avons enfin pu sortir avec lui avec un masque, une visière, une jaquette et des gants. Il ne me reconnaissait peut-être pas mais il goûtait à la liberté. Il était très heureux et il a même exécuté quelques pas de danse. Aujourd’hui, 22 juin, j’ai eu la permission de monter à sa chambre pour la première fois depuis longtemps. J’ai remarqué que sa maladie avait évolué, qu’il avait encore désapprit quelques trucs mais somme toute, il n’a manqué de rien d’essentiel. La première vague de la Covid n’aura pas eu la peau de mon père. Ne baissons pas trop la garde et méfions-nous de la 2e vague, nos parents sont trop précieux.
Je tiens à remercier la résidence Villa Ste-Rose qui a bien géré la pandémie, une situation hors du commun qui n’avait aucun point de référence avec quoique ce soit que nous ayons déjà vécu. Nous ne sommes pas prêts d’oublier l’année 2020.