Défaut de fabrication

Hier, j’ai vu un homme qui portait un soulier avec une épaisse semelle compensée, son autre soulier avait une semelle régulière. Je n’ai pu m’empêcher de penser que sans la vigilance de mes parents, j’aurais marché comme ça toute ma vie. J’adore marcher et je le fais en plus d’un bon rythme au grand dam de mon chum qui est davantage de nature contemplative! Quand je suis seule, je marche vite vite vite et avec lui, je ralenti la cadence pour admirer tout ce qu’on a envie de photographier.

Je suis née avec un défaut de fabrication. Une malformation congénitale au niveau des hanches. Et oui! Je suis née infirme mais mes parents ne s’en sont aperçu qu’à l’âge de un an lorsque j’ai commencé à marcher et que je tombais toujours du côté gauche. (Voilà peut-être pourquoi je recherche toujours le centre dans mes allégeances politiques!)

Heureusement que du fin fond de mon Abitibi natale, mes parents ont décidé de m’amener voir des spécialistes dont un orthopédiste qui m’a mis les deux jambes dans le plâtre du bout des orteils jusqu’au torse pour arrêter la croissance d’une hanche par rapport à l’autre. Quelques mois plus tard et mes hanches se seraient soudés, j’aurais boité toute ma vie.

À chaque période de trois mois, on m’installait un nouveau plâtre avec les jambes dans une position différente. J’en ai eu trois, un en position verticale, un, les jambes en split puis en grenouille. Alors faites le compte, ça a duré neuf mois. Cette épreuve a sûrement été difficile pour mes parents. Moi, je n’en ai gardé aucun souvenir puisque j’avais 14 mois lorsqu’on m’a immobilisée. Mais imaginez comme un bébé en plâtre doit être lourd et incommodant!

Mon père avait adapté ma poussette et ma chaise haute. Mes parents me trimballaient partout même en camping. Ma mère disait que j’avais toujours le sourire aux lèvres et que j’étais de bonne humeur malgré tous ces inconvénients. J’avais une ouverture pour porter une couche mais l’urine coulait souvent le long de mes cuisses et brûlait ma peau. Au bout de neuf mois lorsqu’on m’a libéré du plâtre, je portais quand même un appareil orthopédique au niveau du bassin la nuit. J’arrivais à me tourner et me lever debout dans mon lit malgré cet appareil contraignant.

À cinq ans, je faisais des parades de mode pour la boutique de vêtements d’enfants de ma tante, Le bouton d’or. Je marchais sur le podium de façon naturelle. J’ai également exercé un métier debout toute ma vie. Qui aurait cru…

On me dit souvent que j’ai un sourire contagieux mais je réalise que je n’ai pas de mérite, je suis née comme ça. La résilience et l’attitude positive me viennent de mes parents, c’est dans nos gênes. Ça aide beaucoup à mieux composer avec les difficultés!

L’intervention que j’ai reçu bébé a beaucoup aidé mais mes hanches ne sont pas tout à fait à niveau. On m’avait dit que je pourrais avoir besoin d’une canne en vieillissant. J’ai été suivi en chiropractie toute ma vie pour ne pas que mon problème s’aggrave. J’ai mis au monde deux gros bébés de façon naturelle et je n’ai jamais prit le fait de marcher pour acquis, j’apprécie chaque jour le fait de le faire normalement, de pouvoir courir et monter des marches sans difficulté. Marcher et me tenir sur mes deux jambes sont une grande liberté et une autonomie dont je suis fière!

Publié par Nancie Cousineau

Je suis une coiffeuse et une blogueuse. J'aime écrire des billets d'inspiration selon mes humeurs

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