Il était une fois, une princesse qui vivait avec son prince dans un beau château. La princesse s’affairait à faire fleurir sa roseraie. Elle prenait grand soin de son jardin. Elle éloignait la mauvaise herbe, arrosait ses plants et leur donnait de bons engrais. Mais la princesse se sentait bien seule.
Le prince avait moult responsabilités et des tonnes d’engagements. Il partait très tôt dès l’aube et revenait toujours très tard le soir. Lorsqu’il rentrait au château, la princesse était déjà dans les bras de Morphée dans leur grand lit king. Le prince prenait soin de ne pas ouvrir de lampe en entrant dans la chambre, il marchait sur la pointe des pieds puis se faufilait sous les draps en catimini. La princesse en avait parfois connaissance mais sans broncher, elle demeurait immobile sur son côté du lit, feignant de dormir. Le prince lui faisait dos de l’autre côté. Un océan les séparait.
La princesse ayant attendue toute la soirée le retour du prince remplie de tristesse et de ressentiment, elle avait glissé sous ses fins draps de satin désabusée comme chaque soir. Elle se sentait fanée comme une fleur meurtrie par le crépuscule de septembre.
Au village, une roturière ayant bossé toute la journée à la boulangerie, rentra exténuée dans son humble demeure. Son mari, qui lui, avait terminé ses besognes un peu plus tôt, était rentré au bercail et avait commencé à concocter le repas. Ça sentait bon près des fourneaux. Un mijoté de porc embaumait la chaumière de ses aromates.
Le couple passa du bon temps à table à déguster cet excellent repas et à se raconter leur journée. Le soir venu, l’homme rejoignit sa douce dans leur tout petit lit (comme celui des parents dans La petite maison dans la prairie), installés en cuillères bien collés l’un contre l’autre, se réchauffant les pieds et se caressant l’épiderme. La boulangère aimait toujours ces moments de tendresse. Le lit bien que très étroit, était tout à fait parfait pour eux. Le couple fit même une place au chat qui vint se blottir confortablement contre le flan de sa maîtresse. Plus on est collés, plus on est heureux, se dit la dame.
Ils dormirent comme des bébés d’un profond sommeil réparateur. Dans cette histoire, bien qu’une fable, il est où le bonheur? Dans le petit lit ou dans le lit king? Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’amour dans les lits king, ce serait comme dire qu’on ne peut pas être riche et heureux ou que pauvre et malheureux vont de paire. Mais j’ai toujours pensé que je pourrais être heureuse dans un 3 1/2 d’un demi sous-sol.
Le bonheur est un état d’esprit et n’est pas nécessairement relié aux biens matériels mais beaucoup plus avec les gens avec qui nous le partageons.