D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu cette habitude de me soulever au-dessus de la scène. J’aurais bien aimé que ce soit au-dessus de la Seine, à Paris mais je parle plutôt de la scène qui se vivait sous mes yeux.
Par exemple, pendant que mes parents discutaient avec des amis ou des membres de notre famille élargie, j’avais l’impression de m’élever et d’observer la situation avec un certain recul, m’imaginant être invisible, je pouvais analyser la personnalité de chacun.
Je ne sais pas si tous les gens introvertis ont cette sensation de se détacher d’un groupe, d’observer d’un œil extérieur. Il m’arrive encore parfois, tel un drone, de survoler une scène de la vie courante. Je regarde avec une certaine distance, la vie, ma vie, comme s’il s’agissait du sixième épisode d’une série qui relate la vie de gens ordinaires dans des situations extraordinaires.
En vieillissant je suis devenue plus extravertie. Je fais partie intégrante d’un groupe, je participe, je m’isole moins. Mes survols en drone se font plus rares. Je devrais m’y remettre ( même si ces moments étaient bien hors de mon contrôle et plutôt non intentionnels)
Quand j’y repense, ces épisodes où j’avais l’impression de sortir de mon corps étaient des moments de gratitude où j’avais la capacité de savourer l’instant, de regarder une situation avec les yeux du cœur, de ressentir l’émotion, le feeling du moment. Je me sentais privilégiée d’appartenir à cette famille ou à un groupe d’amis et d’entretenir des liens avec de bonnes personnes.
Cette capacité à analyser les gens et les situations m’aide à garder une distance nécessaire par rapport aux mauvaises énergies et au négativisme qui s’immiscent parfois dans nos vies. ( parfois…souvent)
Je ne sais pas si cela va paraître weird, avouer que j’ai eu ces moments où mon esprit flottait au-dessus des gens qui étaient en pleine conversation. Ai-je paru dans la lune? Ai-je paru désintéressée?
Cela n’avait rien de concret, ce n’était qu’un feeling, qu’une sensation bizarre…
Ça arrivait beaucoup plus quand j’étais enfant, timide de surcroît. C’était peut-être ma façon de me protéger, de garder une saine distance avec les aléas de l’existence.
Je devrais ressortir ce drone plus souvent. Celui qui me permet de garder cet œil critique, observer la vie avec ouverture mais sans jugement. Celui qui pose un regard bienveillant sur tous ceux qui m’entourent.
La vie est faite d’expériences et de leçons qui nous font évoluer et grandir. À travers la lentille d’une caméra, je capte des instants de vie composés autant de bonheurs que de déceptions et je les range dans différents tiroirs.
Il y a des tiroirs que je n’ouvre pas, j’aimerais même les fermer à clé et jeter ces clés dans l’océan. D’autres que j’ouvre avec plaisir régulièrement. Notre bonheur tient dans l’art du rangement et de savoir quoi en faire.
Ruminer des expériences négatives ou repenser aux beaux souvenirs et aux bons côtés des choses. J’opte pour le second! ( à bord de mon drone géant)
Félicitations, tu écris très bien Nancie, et sans fautes! Ça m’a fait rire, le jeu que tu fais avec la Seine, et la scène. Ton écrit me ramène à Saint-Léonard, où tu fais référence à la famille élargie, je me souviens très bien, puisqu’avec ma tante Thérèse et l’oncle Jean, on étais du même voisinage, près du Boulevard Robert à St-Léonard, donc, oui, je me souviens de ton expression quand il y avait une discussion autour avec tes parents, et ma tante Thérèse, d’abord, tu étais très petite, et tes yeux étincelaient! et tu souriait on aurait dit une petite fée! Tu semblais si heureuse! si bien entourée de tes parents! Voilà, juste un petit mot pour te dire que j’ai apprécié te lire.
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